Cours de Poker #14 : Check-raiser, ou comment user de la check-relance

Les techniques de jeu qui consistent à checker-relancer ou à sous-jouer ont pour but de dissimuler une main de forte valeur en la jouant comme une main faible. Ce sont pourtant deux concepts qui se manient de façon différentes. Checker-relancer revient à checker, et si un adversaire ouvre, à relancer son ouverture ; tandis que sous-jouer consiste à dissimuler sa main dans le sens où l’on ne donne aucune information sur sa valeur, le plus souvent cela revient à checker puis à suivre s’il y a une ouverture ou à suivre tout simplement. La main sous-jouée doit être généralement de plus forte valeur que celle que vous checkez-relancez, car en sous-jouant, vous donnez aux adversaires plus de chances de vous battre (en leur offrant une carte gratuite notamment). Cette leçon de poker se centrera sur le principe de la check-relance (ou check-raise), et nous verrons plus en détails le slow-play dans celle qui suivra.

Bien des joueurs n’accordent qu’une piètre image à ce type d’action. A une époque, le check-raise était en effet mal vu aux yeux de beaucoup. Certains l’assimilaient (et le font encore) à de la triche, comme un acte malhonnete. Au jour d’aujourd’hui, cette image a, pour la plupart des joueurs, fort heureusement changée. En fait, le check-raise et le slow-play sont tout bonnement les actions inverses du bluff (qui lui, pourtant, et bien apprécié dans la majorité des tournois) : jouer faiblement une main forte au lieu de jouer fortement une main faible. La check-relance est un atout rentable et efficace, que tout bon joueur devrait avoir dans sa manche, au même titre que le bluff, le semi-bluff et le slow-play. C’est un combiné de toutes ces tactiques qui fait le talent d’un joueur de poker. Après avoir plaidé la cause du check-relance, voyons maintenant les facteurs nécessaires à son application lors d’une partie

Facteurs nécessaires au check-relance

On appelle check-relance de valeur une check-relance qui serait faite dans l’objectif d’inciter les mains de moins bonne valeur que la vôtre à vous suivre. Une telle action ne doit être faites qu’accompagnée de deux certitudes : celle que vous possédiez la meilleure main (qui ne serait pourtant pas assez forte pour être sous-jouée) et celle qu’un joueur vous succédant misera si vous checkez.

Voyons ces conditions du check-relance à travers un exemple de Stud à 7 cartes. Nous en sommes à la quatrième carte sortie. L’adversaire possède une dame et un dix visibles, il ouvre. Vous possédez un roi caché, une paire de neuf (dont un seul visible) et un valet. Votre cote d’amélioration est suffisamment bonne pour vous inciter à suivre. La cinquième carte qui sort est un Roi, vous possédez donc désormais deux paires : neuf et rois. Si vous pensez que l’adversaire ouvrira, vous pouvez checker pour relancer après son ouverture. C’est la meilleure action à faire dans cette situation.

Comme dans l’exemple, avant de check-relancer, vous devez être certain que l’adversaire qui vous succède va ouvrir après votre check. Si personne n’ouvrait après vous, vous offririez à vos adversaires une carte gratuite et les mises qui pourraient remplir le pot seraient moins élevées à la sortie. En somme, c’est une condition non seulement nécessaire mais aussi inéluctable si vous voulez checker-relancer. Avant une telle démarche, il faut aussi prendre en compte votre position dans le tour de parole et de celle de votre adversaire.

Penser les positions dans le tour de parole avant de checker-relancer

La position dans le tour de parole de l’adversaire que vous souhaitez voir suivre votre check-relance détermine le type de main avec laquelle vous allez pouvoir exécuter une telle manoeuvre. Voyons un exemple en pratique pour mieux comprendre.

Il se déroule lors d’une partie de Stud à 7 cartes, pendant laquelle vous possédez une paire de Roi non visibles, tandis que nous en sommes à la cinquième carte sortie. Celui que vous supposez posséder la paire de Dames parle avant vous. Votre main étant de forte valeur mais pas max non plus, votre objectif doit être de bouter tout les adversaires hors du coup, avant que l’une des mains à tirages ne soit complétée. Vous checkez, le joueur qui détient la paire de Dames ouvre, vous relancez. Les autres joueurs (hormis vous et l’adversaire aux dames) vont certainement passer, du fait qu’ils doivent payer deux enchères pour rester dans le coup (l’ouverture du joueur adverse et votre relance). Même si l’adversaire en question suit, peu vous importe, puisque votre main est meilleure que la vôtre.

Voyons maintenant ce qui se serait passé si, dans le même exemple, l’adversaire aux Dames parlait après vous. Alors, il vaut mieux ouvrir que checker, en espérant qu’il relance. Cette enchère double (comme dans le cas précédent) va pousser les autres joueurs à jeter leurs mains. A vous de choisir maintenant si vous allez sur-enchérir sa relance ou simplement la suivre.

Changeons encore une fois la donne de cet exemple. Admettons que vous ayez un brelan de Roi, et non pas une simple paire. Dans ce cas, votre main est de forte valeur, plus qu’au cas précédent. Vous pouvez donc désormais obtenir de l’intérêt à ce que des mains inférieures vous suivent et restent dans le coup. Il faudra donc opter pour une tactique inverse. Si le joueur qui vous précède mise, vous ainsi que les autres joueurs allez suivre. Vous pouvez espérer que le joueur à votre droite relance, pour que l’enchère soit double. Les joueurs aux mains inférieures vont plus facilement suivre une enchère suivie d’une autre enchère plutot qu’une enchère double en un coup. Après une première mise, ils sont plus enclins à vouloir se maintenir dans le coup à tout prix. Si, toujours avec le brelan, le joueur ouvreur parlait après vous, vous n’auriez eu qu’à checker. Il aurait ouvert, et vous auriez relancé ensuite, dans le même objectif de créer deux enchères d’affilées et non pas une enchère double en un coup, pour que les adversaires aux mains moins bonnes suivent plus facilement.

La position adverse dans le tour de parole, leurs cartes visibles ainsi que la force de votre main déterminent donc si vous pouvez check-relancer ou non et la façon dont vous allez le faire si vous le pouvez. Quand vous possédez une main de bonne valeur, votre objectif doit être de bouter les adversaires hors du coup, autrement dit de leur imposer une enchère double. Quand votre main est de très forte valeur voire max, il faut les maintenir dans le coup pour grossir le pot avec leurs mises, avec deux enchères suivies, comme dans les exemples pré-cités. Voyons maintenant comment utiliser la check-relance quand vous n’êtes en possession que de la second best.

Quand vous n’avez que la deuxième meilleure main

Lorsqu’il est fait dans l’objecti de bouter les adversaires hors du coup, checker-relancer avec la deuxième main est aussi valable. Il faut procéder de la même manière qu’expliqué dans les paragraphes précédents (même rapport au tour de parole par exemple). D’autant plus que cela augmente vos probabilités de gagner, vous réussirez peut être sans le savoir à faire sortir une main de plus forte valeur que la vôtre.

Même avec une main qui semble ne pas valoir le coup mais qui peut devenir très bonne comme une main à tirage, vous pouvez check-relancer, dans le cas où les adversaires dans le coup sont nombreux et qu’il reste au minimum deux cartes à venir. Cela sera le plus souvent rentable si le joueur qui ouvrira après votre check parle juste après vous. Maintenir les adversaires dans le coup vous permettra ici d’avoir une cote de pot suffisante pour relancer après qu’ils aient tous suivi.

On résume

En somme, trois éléments doivent être pris en compte lorsque vous décidez de checker-relancer : il faut être sur qu’un joueur vous succédant va ouvrir après votre check, sa position dans le tour de parole est importante et toute aussi déterminante que la force de votre main.

Si vous souhaitez faire un check-relance dans l’objectif de sortir les joueurs adverses, vous devez être auparavant sûr que le joueur qui peut potentiellement ouvrir parle après vous. Ainsi, les autres joueurs devront subir une enchère double pour se maintenir dans le coup, ce que peu d’adversaires feront. A l’inverse, quand vous êtes en possession d’une main très forte, mieux vaut que le joueur qui est susceptible d’ouvrir parle avant vous. Vous leur imposerez donc deux enchères d’affilées à suivre. Ils auront plus tendance, de cette façon, à se maintenir dans le coup, peu importe les enchères. Dans tout les cas, avec le check-relance, vous remplissez vos objectifs. Soit tout le monde se couche, et vous remportez le pot tout de suite ; soit vous éliminez une partie de vos adversaires et vous augmentez vos probabilités de gagner. Une arme efficace que tout bon joueur doit avoir dans sa manche, donc.