Cours de Poker #7 : Cote implicite et cote inversée

Nous avons vu aux leçons précédentes qu’il est nécessaire pour juger réellement de votre situation d’envisager la cote explicite, qui comprend, elle, les fluctuations des tours d’enchères à venir. Dans cette leçon-ci, nous allons nous centrer plus particulièrement sur les coups pour lesquels vous suivez car ce sont les mises à venir qui vous intéressent. A ce moment, la cote immédiate ne vous apporte aucun avantage, elle ne vous dicte pas de suivre. Par contre, si la carte à venir peut vous donner un avantage dans le jeu, peu importe que votre cote du pot immédiate ne soit pas suffisante.

Si la carte à venir est propice à votre jeu, la cote finira par vous être avantageuse. Cette cote à venir est dite « implicite ». Intéressons nous-y.

La cote implicite

Envisager la cote implicite, c’est envisager le fait que les tours de mises à venir vont vous rapporter de l’argent en améliorant le montant du pot. Mathématiquement, la cote implicite est le rapport entre l’espérance de gain totale (en cas de sortie d’un de vos out) et le montant que vous devrez engager pour suivre la mise immédiate. Illustrons ceci avec un exemple. Lors d’une partie de Hold’em à 10-20euros, vous possédez une paire de peu de valeur. La cote d’amélioration pour obtenir un brelan au flop est de 8 contre 1 (dans tout les cas, une petite paire doit être jouée même avec une cote de 5 contre 1). Le montant du pot s’élève à 50 euros, le joueur actif a misé 10euros. En moyenne, si vous touchez le brelan au flop, vous aurez 100euros de profit supplémentaire : votre cote implicite s’élève donc à 15 contre 1 (150 contre 10). Dans le cas où vous ne toucherez pas de brelan au flop, il faudra bien sur vous coucher.

Bien que cela n’est pas été vu en profondeur, nous avons déjà rencontré, au cours des leçons précédentes, l’utilité de la cote implicite. Souvenez vous de la leçon n°4 concernant les antes. Il y était dit que lors d’une partie, lorsque l’ante était de petite taille est que l’enchère actuelle était minime comparée aux enchères à venir, il fallait jouer large. Cela vient du fait que les enchères élevées des derniers tours vous offrent une cote implicite de bonne qualité. Voyons un autre exemple pour mieux comprendre. Imaginez une partie de Stud à 7 cartes à 1-3euros et 1-4euros. La mise de départ de 50 cents implique qu’il est déconseillé de jouer serré, tout simplement parce qu’avec une si petite mise, même avec une main marginale comme une simple paire, il est intéressant de voir la carte suivante pour 50 cents. Ici, la cote implicite est très importante.

Nous avons également vu la cote implicite dans la leçon n°6, où nous avons rencontré une situation dans laquelle la cote explicite était défavorable, mais où il vous fallait tout de même suivre pour voir une seule et unique carte du fait d’une cote du pot immédiate qui vous permettait ce geste. Tout simplement parce que si vous obtenez votre out, vous allez gagner plus aux prochains tours de mises. La cote implicite intervient en ce sens : même si la cote immédiate du pot ne vous indique pas de suivre, vous pouvez tout de même le faire si les mises augmentent considérablement au prochain tour. Les gains engendrés lorsque vous obtiendrez votre out (autrement dit votre cote implicite) seront une compensation à la cote du pot immédiate insuffisante. A nouveau, illustrons ceci avec un exemple qui se déroulerait dans une partie à 10-20euros. L’adversaire actif mise 10 euros, le montant du pot s’élève à 20 euros. Vous avez un tirage à quinte. Votre cote du pot est de 3 contre 1, ce qui est censé vous pousser à vous coucher. Vous pouvez améliorer votre main à la prochaine carte tirée, dans ce cas vous pourriez prendre 40 euros de plus au joueur adverse pendant les prochains tours de mises. Alors, la cote du pot augmente à 7 contre 1 (ou 70 contre 10), cette nouvelle cote permet de suivre avec votre tirage à quinte. Par contre, si vous n’obtenez pas l’out qui permet la quinte espérée, et que l’adversaire renchérit de 20 euros au tour de mise qui suit, la cote du pot retombe à 3 contre 1 comme au départ, mais avec une cote implicite diminuée.

Voyons maintenant l’application particulière de la cote implicite dans les parties de pot-limit et de no-limit. On admet de manière générale que plus l’écart entre la mise à suivre à l’instant T et les mises à venir est important, plus votre cote implicite est élevée. De cette règle découle logiquement que la cote implicite est d’autant plus significative dans les parties de no-limit et pot-limit, car la mise à venir peut coûter au joueur l’intégralité de ses jetons (tapis). Dans ce type de partie, on réfléchit le plus souvent de la manière suivante : on estime le montant que peuvent rapporter les tours d’enchères suivants, et on ne pense pas au montant du pot immédiat.

Les éléments déterminants de la cote implicite

Jauger de sa cote implicite revient à envisager le montant que vous pouvez gagner si l’out espéré tombe et améliore ainsi votre main. Pour faire cette prévision, il faut prendre en compte les trois facteurs suivants :
– Le montant des mises à venir. Avec une main qui a des chances de devenir « max », plus les mises à venir sont importantes, plus la cote implicite est forte, plus cela vous pousse donc à suivre.
– Que votre main soit simulée ou pas. Ce facteur est important parce que même si votre main s’améliore, si elle n’est pas dissimulée aux adversaires, ils risquent de ne pas suivre l’enchère, et vous ne remporterez pas autant d’argent que vous l’envisagiez au tour précédent.
– Les compétences adverses. Quand vous améliorez votre main comme prévu et que vous renchérissez, le joueur novice vous suivra ou relancera, car il a plus de mal à évaluer la valeur de sa main, tandis qu’un joueur plus expert se couchera, se doutant d’une main de forte valeur. Ainsi, le niveau de vos adversaires est un élément important pour anticiper votre cote.

Petite précision : la cote implicite n’est pas applicable dans le cas où vous ou le joueur adverse avez fait tapis. De plus, elle n’est plus vraiment significative si vous espérez une main « second best » (c’est la deuxième meilleure main possible, après celle qu’a ou que peut avoir votre adversaire). Dans le cas où vous suivez quand même malgré une cote d’amélioration très pauvre, il vous faut être sur à 200% que votre main, une fois obtenue, ne pourra être battue par aucune autre.

La cote implicite inversée

Vous avez compris, la cote implicite sert à envisager de meilleures situations à venir aux tours d’enchère suivants lorsque, sur le moment, votre cote semble pauvre. Il arrive parfois que l’inverse se produise : votre cote est en réalité moins bonne que ce qu’il n’y parait (c’est souvent le cas quand votre main est de faible valeur et qu’une réelle amélioration est peu envisageable). Imaginez que dans cette situation, sur le moment, vous savez que la main est la meilleure possible, pourtant le joueur adverse renchérit. Peut-être est-il en train de bluffer. Dans tout les cas, s’il bluffe, il se rétractera aux tours de mises suivants, voyant que vous ne vous couchez pas. Dans une telle situation, vous jouez quitte ou double. Si votre main est la meilleure, vous remportez un minimum ; en revanche si votre main est de moindre valeur, vous perdrez le maximum. Nous appellons ici la cote « cote implicite inversée » car elle est moins bonne que ce qu’elle semble être.

Voyons la cote implicite inversée au coeur d’une mise en situation. Au cours d’une partie, votre adversaire mise 20 euros tandis que le montant du pot s’élève à 50 euros. Vous n’êtes qu’à moitié sûr de pouvoir le battre, car vos chances d’amélioration sont faibles. Votre cote du pot devrait être de 70 contre 20, mais elle n’est pas réelle car l’adversaire peut encore miser aux tours suivants s’il a amélioré sa main. Il est aussi possible qu’il abandonne, dans le cas où sa main ne vaudrait pas le coup de suivre. Vous calculez que si vous perdez, vous perdrez un total de 60 euros. A l’inverse, si vous gagnez, le montant du gain sera celui du pot actuel (c’est à dire 70 euros), car en voyant que vous continuez à vous engager dans le coup, l’adversaire se couchera surement. La cote du pot qui paraissait auparavant être de 70 contre 20 tombe à 70 contre 60. Cette cote implicite inversée de 70 contre 60 est la moins favorable possible. Dans le cas où vous êtes certain que le joueur adverse se couche quand il a une main marginale, s’il suit, vous vous coucherez de peur que sa main ne soit meilleure que la vôtre. Vous aurez donc, dans ce cas, misé 20 euros pour gagner 70, et non pas 60. A l’inverse, si vous savez que l’adversaire peut miser pendant un ou deux tours d’enchères même avec une main marginale, vous pouvez suivre. Ainsi, vous engagerez 40 euros pour pouvoir en gagner 90, ou 60 euros pour pouvoir en gagner 110 (cela dépend du nombre de tours d’enchères que l’adversaire va suivre).

On résume

La cote implicite inversée est donc applicable dans des situations où : vous avez peu de chances d’améliorer votre main (et donc peu de chances de battre celle que le joueur adverse possède ou peut obtenir), vous êtes conscient que votre main n’est peut être pas la meilleure, le joueur adverse peut abandonner les mises à tout moment du tour, suivre une enchère vous engage à suivre les mises prochaines jusqu’à la dernière carte. Lors des situations précedemment citées, il ne faut pas croire que la cote du pot suffisante vous permet de suivre. En réalité, cette même cote est moins bonne que ce qu’elle semble être. Parfois, elle peut être si trompeuse que même si elle semble vous indiquer de suivre, elle est en réalité plus enclin à vous faire abandonner avant de vous lancer dans des enchères inutiles. Une telle situation peut arriver, par exemple, en Hold’em, si votre main comprend une paire d’As noirs, et que le flop est : dix, sept, et huit de coeur.

En somme, la cote implicite équivaut à l’éventualité que vous pourrez gagner une somme intéressante dans les tours de mises suivants. La cote implicite inversée, quant à elle, équivaut à la possibilité que vous pouvez perdre plus d’argent dans les tours d’enchères à venir. En pratique, cela signifie que si vous avez une cote implicite, vous envisagez de gagner de l’argent supplémentaire grâce aux prochains tours de mises (dans l’éventualité où votre main est la meilleure), vous êtes donc content de ne pas avoir fait tapis. Toujours en pratique, la cote implicite inversée signifie, elle, que le « all-in » est positif, car vous pourrez voir les carte suivantes (et ainsi avoir l’occasion de pouvoir améliorer votre main) sans avoir à suivre les mises futures.