Cours de Poker #20 : Influencer le bluff de l’adversaire

Dans les leçons précédentes, nous avons vu les quelques stratégies qui permettent au joueur de maximiser ses profits grâce au bluff. Cette tactique de jeu fait toute la différence entre les joueurs serrés et les joueurs larges. Une partie contre des joueurs serrés, vu qu’ils ne bluffent que très rarement, vous sera plus profitable qu’une partie au jeu large. Pour être parfaitement rentable, la stratégie du bluff doit être maniée avec précaution. Tout d’abord de votre part, puisque vous devez doser la fréquence de manière à ce qu’elle vous rapporte le plus possible. Mais il faut aussi gérer le bluff des adversaires, pour qu’il ne vous vole qu’un minimum de jetons.


C’est là qu’intervient cette nouvelle leçon. Bien sûr, vous ne pouvez forcer l’adversaire à bluffer de la façon qui vous arrange, aucune technique ne peut pousser un joueur très serré à bluffer sur une petite paire! Cependant, quelques attitudes peuvent influencer le joueur adverse, votre but étant de l’éloigner le plus possible de la stratégie de bluff idéale, à bluffer plus souvent qu’il ne le devrait par exemple.

En fait, tout dépend du joueur adverse. S’il a tendance à jouer agressif, et donc bluffer au delà de la fréquence idéale, vous devez l’en éloigner encore plus en le poussant à bluffer d’avantage.

A l’inverse, si le joueur est plutot serré, vous voudrez certainement modifier ses tactiques de jeu car personne ne le suit et il vous vole ainsi trop de pots, dont quelques-uns sans avoir de main réelle. Votre but alors est d’empêcher qu’il bluffe.

Dans les deux cas, vous poussez l’adversaire dans ses retranchements et l’éloignez un maximum de la stratégie optimale de bluff.

Bon nombre de joueurs désireux d’influencer le bluff des adversaires font l’erreur de ne pas prendre en compte que s’il pousse l’autre à bluffer en ouvrant, ils devront suivre cette mise pour profiter du coup. Hors, si l’on ne suit pas, cela ne fait que montrer à l’adversaire qu’en bluffant, il peut vous voler le pot. De plus, si vous jouez en sorte d’empecher les bluffs, suivre l’adversaire qui mise est moins rentable que de ne pas l’empêcher de bluffer. En effet, si votre main est assez forte pour battre un bluff, il n’y a aucune raison d’empêcher ce bluff. C’est pourquoi vous devez influencer l’adversaire en tenant compte de votre propre main.

En somme, vous devez toujours suivre l’ouvreur lorsque vous l’avez incité à bluffer, et lorsque vous empêcher un adversaire de bluffer, il est insensé de suivre sa mise, puisqu’en théorie, il ne bluffe pas. Voyons maintenant les deux tactiques (artificielles et stratégique) qui pousse l’adversaire à bluffer ou au contraire, à jouer sincèrement.

Les tactiques artificielles :

Plus simples d’utilisation que les techniques de stratégies, les techniques dites artificielles ne sont efficaces que face à des joueurs de niveau moyen, du fait que les joueurs chevronnés les voient venir de loin. Elles varient selon votre but : Pousser au bluff : il faut pousser les adversaires à croire que vous allez jeter votre jeu, feindre un désintéret total pour le coup en cours… Hors, lorsque l’un d’eux fait l’erreur de vous suivre, bien sûr suivez-le. S’il n’a rien vu venir, il aura ouvert avec une main sans valeur ou très peu et vous pourrez abattre un jeu que vous pensez meilleur.

Empêcher le bluff : nous l’avons déjà cité rapidement dans l’une des leçons précédentes. Il suffit de tripoter vos jetons, comme si vous alliez suivre gros. L’adversaire n’osera pas bluffer. En revanche, s’il mise quand même, c’est que sa main est sans doute de très bonne valeur, il vous faudra donc jeter vos cartes. Cette tactique est inefficace face à un joueur chevronné qui saura flairer votre magouille et qui n’hésitera pas à vous bluffer pour empêcher sa concrétisation! En revanche, il existe des tactiques dites stratégiques qui sont bien plus efficaces, notamment contre des joueurs de très bon niveau, contrairement aux techniques artificielles…

Les techniques dites stratégiques :

De même que les techniques artificielles, on peut les décomposer en deux parties : celles qui empêchent le bluff et celles qui le suscitent.

– Pour qu’il ne bluffe pas : elles ne consistent qu’à faire croire à l’adversaire que votre jeu vaut vraiment le coup, lorsqu’en fait il ne le vaut pas tant que ça… En somme, pour l’empêcher de bluffer, il faut bluffer dans votre attitude. Voyons en deux exemples comment, concrètement, vous pouvez faire en sorte que le joueur adverse ne bluffe pas.

1) Cet exemple se déroule lors d’une partie de Poker fermé (et que donc seul un joueur qui possède au minimum une paire de valets puisse ouvrir, rappelons-le… D’ailleurs vous trouverez prochainement une section qui résume les principes de chaque variante du poker, y compris pour le poker fermé). Vous voulez empêcher les autres de bluffer, et vous parlez en dernière position avec une paire d’As en poche. Bien qu’il ait checké en début de tour, le joueur adverse suit à présent votre ouverture. Vous supposez que vu qu’il n’a pas ouvert quand son tour est venu, il ne peut posséder les deux paires qui battraient votre paire d’As. Lui change une seule carte, vous n’en réclamez aucune. A moins qu’il ne possède une main à tirage et qu’il l’est complétée, si vous checkez, il ne misera probablement jamais. En revanche, s’il ouvre, cela signifie qu’il a complété son éventuelle main à tirage, auquel cas vous devez évidemment jeter vos cartes. Rien de grave à cela, puisque ça ne vous aura presque rien côuté! Vous déclarez servit était ici la meilleure attitude à adopter, aucune autre n’aurait pû d’avantage mettre la pression à votre adversaire, car c’est ce que vous devez faire pour l’empecher de bluffer.

2) Ce second exemple concerne une partie de Hold’em. Vous vous trouvez face à un joueur qui à l’habitude de bluffer. Vous possédez un 5 et un 6 de trèfle, et le tableau affiche un Roi, un 2, un 6 (tous de coeurs) et un 5 de carreau. Placé avant vous dans le tour de parole, il ouvre. Le tableau supposant que quelqu’un puisse posséder une couleur, vous restez sur vos gardes, mais rien n’empêche que le joueur adverse puisse bluffer, comme à son habitude. Le mieux à faire ici, étant donné que vous possédez deux paires de petites valeurs, est de le relancer. Si son jeu n’en vaut pas la peine, il ne bluffera certainement pas jusqu’au bout. En revanche, s’il vous sur-relance, il est plus sage de jeter votre main.

Pour qu’il bluffe : Voyons à travers des exemples les quelques techniques stratégiques qui incitent le joueur adverse à bluffer.

1) Comme nous l’avons déjà expliqué en début de leçon, lorsque vous vous trouvez face à un joueur large, qui bluffe donc souvent, il faut le pousser à bluffer d’avantage, de façon à l’éloigner au maximum de la stratégie optimale de bluff. Pour comprendre, reprenons une situation de Poker fermé équivalente à celle citée dans le premier exemple qui expliquait comment empêcher l’adversaire de bluffer. Vous ouvrez donc avec une paire d’As, à la place du dealer. Ici, le joueur que vous savez large et qui avait checké dans un premier temps suit quand même votre enchère. Du fait qu’il change une carte, vous pensez qu’il possède une main à tirage. Rappelons que votre but est de le pousser à bluffer. Pour ce faire, vous devez ouvertement lui faire comprendre que vous ne possédez qu’une paire (mais il ne connait pas sa valeur) en changeant trois cartes. S’il ouvre alors, vous pouvez le suivre. Dans cet exemple, vous avez accentué sa tendance à bluffer.

2) Au même titre que vous allez simuler un très bon jeu pour empêcher le joueur adverse de bluffer, vous allez en simuler un de très mauvaise valeur pour l’inciter à bluffer. L’exemple qui va démontrer cette technique se déroule pendant une partie de texas Hold’em. Vous possédez une très bonne paire (par exemple une paire de Roi) et le tableau affiche une paire de 9, un six et un deux, toutes dépareillées. Avec un tel jeu (double paire de 9 et de roi), si l’un des adversaires checke, vous devez checker aussi, pour cacher votre double paire. Seul inconvénient : vous lui offrez une carte gratuite, mais il faut bien prendre ce risque! Si jamais l’adversaire sous-jouait une meilleure main que la vôtre (par exemple un brelan de 9), vous aurez tout de même eu le mérite d’avoir sauvé plusieurs enchères.

3) Simuler une main de mauvaise valeur alors qu’elle est plutot bonne revient à sous-jouer. Dans un coup Razz par exemple, où vous possèderiez As et 3 cachés et 2 et 4 visibles. C’est la meilleure main de départ possible, puisqu’elle peut vous mener à la roue As-2-3-4-5! Pourtant, le mieux à faire est de checker, et de suivre si l’un des adversaires ouvre. De cette façon, si vous ne misez pas quand vous en avez l’occasion, l’adversaire ne se doutera pas de la force de votre main et voudra vous bluffer pour voler le pot.

N’oubliez pas que l’idéal est de pousser l’adversaire à bluffer bien au delà de fréquence de bluff idéale lorsque vous voulez l’inciter à bluffer et qu’il joue large. Même un joueur qui joue serré, et qui donc n’a pas l’habitude de bluffer, vaut la peine que vous l’incitiez à bluffer si cela implique que sa fréquence de bluff soit supérieure à sa cote d’amélioration.

On résume !

Cette leçon vous a appris, en quelques règles, à inciter ou à empêcher le joueur adverse de bluffer, pour l’éloigner au maximum de la stratégie optimale de bluff, car les joueurs qui bluffent à la fréquence idéale vous sont bien trop dangereux. Résumons-les.

D’abord, vous devez inciter les joueurs larges à bluffer encore d’avantage! Notamment en utilisant, face à des joueurs de niveau moyen, les techniques artificielles, ou en simulant par exemple d’entrée un jeu de très petite force, ce qui reviendra si votre main est meilleure qu’elle n’y paraît à la sous-jouer (cf.leçon n°15). Il faut alors anticiper le fait que vous allez forcemment suivre s’il ouvre, puisqu’il y a de forte chance qu’il bluffe suite à votre incitation en ce sens.

Ensuite, vous devez empêcher de bluffer les joueurs qui bluffent déjà peu! Vous pouvez dès le début du coup faire croire à l’adversaire que votre main est de très bonne valeur, ce qui revient à bluffer vous-même, ou plutôt à semi-bluffer (cf.leçons n°11 et 12). Dans ce cas, s’il ouvre, il faudra passer, car cela signifiera que sa main est de bonne valeur, puisque vous l’avez empêcher de bluffer (à moins que ce dernier ne soit expérimenté et ait compris votre petit jeu, auquel cas votre stratégie tombe de toute façon à l’eau!).

La leçon à venir expliquera très en détails les différentes stratégies à appliquer lors du duel de fin de coup, puisqu’il se passe le plus souvent entre deux joueurs.