Cours de Poker #11 : Le semi bluff et son application

Effectuer un semi bluff revient à miser même si vous savez que votre main n’est pas la meilleure, mais qui a cependant de fortes chances de s’améliorer avec le tirage à tel point qu’elle battra les autres mains. Cette tactique de jeu n’est donc applicable que quand il reste des cartes à sortir. Le semi-bluff s’effectue dans l’objectif de raffler le pot tout de suite, avec lui vous espérer que les adversaires se coucheront, même ceux qui ont une meilleure main que vous. La différence avec le bluff pur, c’est que vous savez que vous avez quand même une chance de battre les adversaires qui vous suivent. Vous l’aurez compris, c’est une tactique inévitable pour bien étoffer son jeu.

Non seulement il est utilisable dans toutes les variantes du Poker (Stud, Hold’em, Razz…) mais on peut aussi semi-bluffer à tout moment du jeu (pour relancer, pour ouvrir, pour check-relancer…).

Voyons l’application en pratique du semi-bluff à l’aide d’un exemple en plusieurs variantes. Au Nullot fermé, si vous relancez avec une main qui comprend As, Deux, Six, Sept et Roi, c’est du semi-bluff : vous avez de bonnes probabilité de terminer le coup avec une main de bonne valeur, ça n’est donc pas du bluff pur. En Poker fermé, avec un tirage à couleur pour lequel vous relancez, vous semi-bluffez dans le but que vos adversaires se couchent immédiatement. En Hold’em, si vous possédez la troisième paire et un As (ou avec un tirage à quinte), c’est encore une fois du semi-bluff pour les mêmes raisons que les deux exemples précédents.

Parfois, le concept du semi-bluff va bien au-delà de la simpliciste main à tirage. Il s’étend sur une large palette de jeu : du « presque » bluff aux mains à tirage, que votre main ait de fortes chances de gagner ou que soyiez déjà sûr qu’elle est la meilleure (dans ce cas, comme l’explique la leçon précédente, il faut ouvrir pour ne pas donner de carte gratuite à l’adversaire). Quand vous êtes en première position et que votre main mériterait de suivre si un joueur ouvrait, ouvrez vous-même! Vous pourriez ainsi raffler le pot tout de suite.

Etudions l’utilité du semi-bluff à l’aide de deux exemples qui représentent des situations fréquemment vues en Stud à 7 cartes:

– 1ère situation : Vous pouvez tout d’abord semi-bluffer car votre main mériterait de suivre si un joueur ouvrait. Si vous avez 8 et Roi faces en bas et 8 face en haut, une Dame ouverte va relancer. Le joueur peut avoir un brelan aussi bien qu’une paire de sept, mais vous suivez quand même. La carte qui sort est un As, votre jeu comprend donc maintenant une paire de 8 avec deux kickers As et Roi, autrement dit les meilleures cartes affichées, vous allez donc parler en premier à ce tour. Il est ici primordial d’ouvrir. Votre adversaire craind que vous n’ayez une main comme paire d’As ou mieux, il va donc soit relancer pour vous effrayer, soit se coucher. C’est justement ce à quoi sert en partie le semi-bluff : pousser l’adversaire à se coucher suite à votre mise, et si possible au plus vite, pour raffler le pot rapidement (d’autant plus si son montant est important). Autrement dit, le semi-bluff pousse le joueur adverse à abandonner alors que sans ça, il aurait certainement ouvert ou relancé. Il donne aux autres joueurs l’impression que votre main est plus forte que ce qu’elle n’est en réalité. En somme, vous pousser l’adversaire à jouer a contrario de ce qu’il aurait fait s’il avait vu vos cartes. Vous remplissez donc à la perfection les principes du Théorême fondamental de Slansky. En jouant de la sorte, même si votre adversaire n’a pas abandonné au premier coup, vous lui suggérez en semi-bluffant à nouveau que votre main s’est améliorée avec le tirage (bien sûr, cette possibilité est plus fréquente en Stud à 7 cartes (car l’adversaire voit votre amélioration) qu’en Hold’em (où tout le monde partage le même abattage), tandis qu’elle est inexistante en Poker fermé. Voyons maintenant la deuxième situation fréquente où le semi-bluff est utile, elle se déroule toujours pendant une partie de Stud à 7 cartes.

– 2ème situation : Dans cet exemple, vous êtes sûr d’être outsider si le joueur actif a bien la main que vous pensez. Pourtant, le semi-bluff est la meilleure des méthodes de jeu que vous puissiez adopter ici. Vous possédez une paire de 4 faces en haut (dont un pique) et un 9 et un 10 de piques (faces en bas). L’adversaire, lui, possède un 8 et un Roi visibles. Vous avez suivi sa relance du premier tour de mise, incité par vos trois cartes piques. Quand vous obtenez la paire de 4, il vous faut miser (bien que ce ne soit qu’une petite paire, que l’adversaire possède une overcard bien plus puissante et que votre cote d’amélioration à la couleur ne soit que 9 contre 1). Vous pouvez être gagnant dans tout les cas car il passera soit parce qu’il n’a en fait pas de paire, soit parce qu’il croit que votre jeu est plus fort que ce qu’il n’est en réalité. De toute façon, même s’il ne se couche, vous avez suffisament d’outs à votre disposition pour le battre à la sortie.

L’intérêt du semi-bluff

Le premier avantage que vous avez en semi-bluffant est que cela pousse l’adversaire à jouer autrement que s’il avait vu vos cartes (conformément au théorême fondamental de Slansky). La plupart du temps, si vous usez du semi-bluff, c’est que votre main n’est pas de très forte valeur et si l’adversaire en avait connaissance il relancerait. Avec le semi-bluff, vous pouvez l’induire en erreur. Il préfèrera donc soit suivre, soit se coucher, ce qui est très avantageux pour vous dans le cas où sa main était en fait meilleure que la vôtre. De plus, si votre main est en fait la meilleure de la table, semi-bluffer et pousser les joueurs à abandonner évite de leur offrir l’indésirable carte gratuite précedemment expliquée. Ainsi, vous déjouez les cote de pots des adversaires qui, bien qu’elles soient favorables, se couchent quand même. Même s’ils suivent après un semi-bluff, ne désespérez pas : vous pourrez toujours améliorer avec les cartes sortantes. Cette tactique de jeu est plus probante quand vous parlez en première position, cela donne la possibilité de s’offrir à soi-même une carte gratuite.

Bien sûr, l’avantage le plus réputé du semi-bluff (comme du bluff pur) est qu’il permet de camoufler sa main. Voyons ce point dans un exemple de Stud à 7 cartes. Votre main comprend une dame et un valet de piques visibles et une paire de 7 faces en bas. Celle de l’adversaire se compose d’un roi et d’un 5 ouverts. L’adversaire ne voyant que votre dame et votre valet de piques, il est judicieux de relancer (ce qui équivaut à un semi-bluff en réalité) même si en votre fort intérieur vous êtes persuadé qu’il va finalement suivre. Pourquoi semi-bluffer, me diriez-vous? Que vous receviez un pique (qui vous donnerait un tirage à couleur) ou une Dame (qui vous donnerait une paire de Dames visible), l’adversaire va presque à tout les coups passer de peur que son jeu ne vaille pas la peine de continuer face au vôtre. La carte que vous espérez vraiment, le Sept (qui vous accorde un brelan de 7) n’effraiera en rien votre adversaire, puisqu’il n’a pas connaissance de votre paire cachée. En fait, dans ce cas précis, le semi-bluff dès le départ induit complètement en erreur l’adversaire, et ce sur la totalité de votre main : il verra les cartes qui vous sont très utiles comme des cartes anodines, et inversemment, s’inquiètera de cartes qui ne vous servent à rien. En bref, il jouera a contrario de s’il avait vu vos cartes, et c’est précisemment ce que vous voulez obtenir de lui! Cet avantage du semi-bluff est d’autant plus efficace en Hold’em.

La règle générale du Poker qui dit que dans la plupart des cas, mieux vaut ouvrir que suivre est bien illustrée par l’utilité du semi-bluff. Ouvrir alors que vous semi-bluffez donne l’illusion autour de la table que votre jeu est plus fort qu’il ne l’est vraiment, et vos chances de remporter le pots tout de suite décuple (c’est généralement ce que vous attendez d’un coup, d’autant plus si le montant du pot est très élevé). Le semi-bluff, quand il n’est pas utile sur le coup en cours, participe à vous créer une image particulière aux yeux des joueurs adverses : le chanceux qui n’hésite pas à jouer son argent sur de bonnes mains.

Le dernier avantage du semi-bluff que nous pourrions mettre en avant et qu’il peut servir à obtenir une carte gratuite. Si, lors d’une partie, vous attendez une couleur et que vous relancez la mise d’un adversaire. S’il suit, il est fort probable qu’il checke au tour suivant : c’est là que vous obtenez votre carte gratuite (qui peut permettre de vous payer la couleur).

Qu’est ce qui différencie le semi-bluff du bluff pur ?

La plus évidente des différences entre ces deux bluffs et que, comme nous l’avions vu plus tôt, la main semi-bluffée a tout de même de bonnes chances de remporter à l’abbatage. A l’inverse, une main bluffée que les adversaires suivent quand même ne gagnera jamais à la fin : elle n’est pas assez forte. Concrètement, on parle de bluff pur quand la main n’a en fait aucune chance de gagner.

Les avis concernant l’utilité du bluff divergent d’un expert à l’autre. Quand certains pensent que cela n’apporte qu’une espérance de gains négative qui rapporte cependant dans le sens où, lorsque le bluffeur aura la main max, les autre suivront, d’autres sont plutot de l’avis contraire : l’espérance de gain apportée par le bluff pur n’est pas nulle. Par contre, tous s’accordent sur le fait que le bluff est primordial dans le jeu d’un joueur chevroné. Sans ça, les adversaires sauront que vous ne rentrez dans la partie que quand votre jeu en vaut la peine. Difficile dans ces conditions de maximiser vos gains, car ils jouent comme s’ils voyaient vos cartes, ce qui est contraire à l’application du théoreme fondamental.

Il est donc clair que bluffer est primordial au bon déroulement de la partie. Mais à quel moment et dans quelles conditions cela est-il le plus rentable? Une chose est évidente : bluffer en continu est très risqué, les joueurs chevronnés et observateurs sauront vite lire dans votre mode de bluff (qu’on appelle aussi « modèle »). La leçon n° 19 expliquera plus en détails ces théories. Pour l’instant, nous nous contenterons de considérer qu’au premier tour de mise, le mieux à faire est de bluffer le type de mains que l’on peut sem-bluffer (c’est à dire celles qui ont tout de même de grandes chances de gagner) en les faisant passer pour des mains de très fortes valeurs. Vous profiterez ainsi des avantages du bluff tout en étant sûr que vous pourrez potentiellement gagner à la sortie si l’on vous suit.

Il est des situations où le bluff pur ne sert à rien, tandis que le semi-bluff est bien rentable comparé à un simple check. Voyons cela dans un exemple concret en Hold’em à 10-20euros. Le montant du pot s’élève à 60 euros tandis qu’il ne reste qu’une carte à venir et que la main que vous désiriez obtenir n’est toujours pas tombée. Si vous bluffiez en misant 20 euros et que le seul adversaire que vous ayez passe, votre cote serait de 3 contre 1. La question que vous devez vous poser à cet instant est de savoir si, à long terme, l’adversaire va passer suffisament de fois après votre bluff pour que les gains soient réels? Supposons qu’il se couche dans 20% des cas. Le risque n’est pas assez payé puisque la cote de réussite du bluff est de 4 contre 1 et celle du pot de 3 contre 1, ce qui signifie qu’à long terme bluffer à tout les coups ne serait pas rentable.

Changeons maintenant la donne de l’exemple et imaginons que vous possèdiez une main qui gagnera dans 30% des cas (par exemple une paire de peu de valeur qui consitue quand même un tirage couleur). Vous évaluez vos chances de remporter le pot (qui s’élève toujours à 60 euros) à 20%. Ici, le semi-bluff est bien plus rentable que le simple check. Il est possible de faire appel à nos bien aimés mathématiques pour prouver cette rentabilité. Il faut donc créer une situation complète : après les six cartes sorties, vous checkez, votre adversaire en fait de même et si, au dernier tour d’enchère vous ne complétez pas votre main vous vous couchez, alors que si vous la complétez, il se couchera. La situation mathématique se compose de la sorte : 100 cas où vous checkez dans l’espoir d’obtenir la main désirée avec la dernière carte à sortir, et 100 autres où vous jouez du semi-bluff.

– Avec le check, les probabilités sont les suivantes : vos chances de gagner étant de 30%, vous allez en moyenne remporter 60 euros (le montant du pot) 30 fois sur les 100 (soit 1800 euros au total).
– Dans le cas où vous semi-bluffez, il y a 20% de chances que l’adversaire passe, cas où vous allez donc remporter 60 euros 20 fois soit 1200 euros au total. Qu’en-t-il des 80 fois restantes où l’adversaire va suivre sur les 100? Elles se décomposent en deux possibilités : dans 30% des 80 cas restants (soit 24 cas) vous gagnerez 80 euros (le montant du pot plus la mise de 20 euros que l’adversaire a suivit) et dans 70% des 80 cas restants (soit 56 essais) vous perdrez votre mise de 20 euros. En somme, ces 80 essais restants vous rapportent 800 euros.

La conclusion est sans appel : vous gagnez 1200euros s’il passe et 800 s’il suit, soit au total 2000 euros. Rappelons qu’en checkant, vous n’auriez gagné que 1800 euros. Il est donc facile de voir clairement, grâce aux probabilités, que semi-bluffer est plus rentable que checker. Il a été dit au cours des leçons précédents qu’au Poker, il faut penser les gains en termes de mois, voire d’années, et non en terme de coup ou de partie. Même si ça n’est que 200 euros de plus, à long terme, l’avantage du semi-bluff est très conséquent.

Allier les deux possibilités de gagner en bluffant et d’améliorer sa main fait du semi-bluff un élément inévitable du Poker. L’ouverture en semi-bluff est importante, mais il est une tactique de jeu toute aussi rentable : la relance en semi-bluff. Voyons-la dans un exemple démontrant un coup en Hold’em. Votre main comprend As et 4 de trèfles et le flop contient : valet de carreau, trois de trèfle et huit de pique. Le tour d’enchère est entièrement checké. Le turn offre un cinq de trèfle. Avec As, 3, 4 et 5 de trèfle, vous avez un tirage à quinte flush. Si un joueur ouvre, il est primordial de relancer. Ce même joueur devrait passer une fois sur cinq. Au vu des chances que vous avez de remporter le pot tout de suite ou d’avoir la main la plus forte à la sortie si le joueur suit, il est clair que le semi-bluff est la solution la plus rentable.

Il est un facteur très important à considérer pour savoir si le semi-bluff est utile : la taille du pot. En règle générale, on considère que plus le montant du pot est élevé, plus la cote du pot l’est aussi, moins vos chances de gagner grâce au semi-bluff sont nombreuses. Pourtant la théorie des jeux, que nous verrons plus loin dans la leçon n°19 indique l’inverse. Voyons maintenant dans quels cas le semi-bluff est déconseillé.

Les cas où le semi-bluff n’est pas rentable

Il est inutile de semi-bluffer quand on est sûr que l’adversaire va suivre. Dans ce cas, le côté « bluff » qui consiste à induire l’autre en erreur sur la qualité de votre main n’est plus. Seul l’espoir d’améliorer votre main persiste. Bien sûr, mettre de l’argent en jeu en étant tout a fait conscient que son jeu est outsider tient du kamikaze. Il existe une seule et unique exception qui confirme la règle, elle peut se produire en Razz ou en Studd à 7 cartes. Car dans ce type de parties, même si l’adversaire suit, il verra que votre main s’améliore car le tirage est à la vue de tous aux derniers tours.

Le semi-bluff est aussi moins rentable quand vous parlez en dernière position, d’autant plus si tout les joueurs vous précédant ont checké. Relancer en semi-bluffant ici vous fait rater l’occasion de vous offrir une carte gratuite (non négligeable lorsque vous devez encore améliorer votre main avec une carte supplémentaire). De plus, l’un des joueurs ayant checké peut espérer de vous que vous ouvriez, pour faire ensuite une check-relance sur une main qui peut être de forte valeur et battre la vôtre : vous ne feriez que perdre inutilement votre mise. Dans le cas inverse ou vous seriez le premier à parler, votre position dans le tour de parole serait en revanche propice au semi-bluff.

On résume

Qu’est ce que, en bref, le semi-bluff? Ce peut-être une ouverture, une relance ou une check-relance, dans n’importe quelle variante du Poker, avec n’importe quelle main qui n’est pas la plus forte au moment ou vous semi-bluffer mais qui peut le devenir avec le tirage. Cela vous permet donc d’améliorer votre main, mais aussi de remporter le pot tout de suite (cf. Leçon précédente) si votre adversaire abandonne.

Il vous permet d’éviter d’offrir une carte gratuite à l’adversaire.
Cela donne de vous l’image d’un joueur aux mains plus fortes qu’elles ne sont en réalité (le bluff pur apporte aussi ce même avantage).

Le semi-bluff vous accorde la position avantageuse d’ouvreur plutot que de suiveur.
Il existe un grand nombres de situations où le semi-bluff est plus avantageux que le bluff pur, et il peut transformer une espérance de gains négative et une espérance de gains positive.

Si le montant du pot est intéressant et qu’il y a possibilité que l’adversaire se couche, semi-bluffez en ouvrant (ou, le cas échant, en relancant).

La première position dans le tour de parole est plus propice au semi-bluff. A l’inverse, si vous êtes le dernier à parler, checker pour vous offrir une carte gratuite est plus judicieux.

La leçon suivante traitera des différentes tactiques pour se défendre contre le semi-bluff. Elle est donc particulièrement recommandée pour compléter cette leçon et paufiner ainsi votre attitude à l’encontre des autres joueurs. N’oubliez pas que les avantages qu’apporte le semi-bluff sont considérables !