Cours de Poker #17 : L’importance de la position dans le tour de parole

Au long des leçons précédentes, que ce soit pour inspecter par exemples les aspects de la carte gratuite, de la relance ou encore de la check-relance, la position dans le tour de parole était, pour chacun des éléments, un facteur important qui avait ses conséquences dans le déroulement du coup. Son importance dépend aussi de la variante du Poker à laquelle vous jouez. En effet, que ce soit en Hold’em, en Nullot ou en Poker fermé, les positions des joueurs sont définies à l’avance selon certains critères invariables (par exemple, le premier à parler est toujours celui qui succède le dealer). En revanche, dans d’autres variantes comme le Stud à 7 cartes par exemple, votre position dans le tour de parole n’est pas définie à l’avance. Cet élément est donc plus particulièrement important dans les variantes telles que le Poker fermé ou le Texas Hold’em.

En règle générale, on admettra qu’il est plus avantageux de parler en dernier car de cette façon, on peut jouer en fonction des actions des joueurs adverses qui ont déjà parlé. De plus, parler en dernière position vous permet d’évaluer votre cote du pot. Logiquement, la position la moins arrangeante est donc de parler en premier, puisque vous ne pouvez pas ajuster votre jeu en fonction des actions adverses. Si vous n’êtes dans aucun de ces cas (ni premier ni dernier à parler), sachez que plus vous vous approchez du dernier, plus vous êtes avantagé, et inversemment.

Quels avantages à parler en dernier ?

Commençons par un exemple de Razz pour illustrer les plus qu’apporte le fait d’être le dernier dans le tour de parole. Vous débutez le coup avec trois cartes intéressantes, donc trois petites cartes. Vous pensez que l’adversaire a un jeu équivalent. La carte sortante est un Roi, qui lui donne une paire avec sa « door card » (autrement dit sa carte ouverte d’origine). Etant donné que vous ne possédez pas de paire, vous êtes en position de favori. Votre intérêt est que le jeu s’arrête là, vous ne devez donc pas ouvrir. L’adversaire ayant une paire ouverte, il sera le dernier à parler dans les tours d’enchères suivants.

Il est plus intéressant pour vous d’être le dernier à parler pour une multitude de raisons. Tout d’abord, si votre main n’est pas très bonne et qu’un joueur adverse ouvre, vous pouvez suivre sans avoir à craindre une relance, puisque vous êtes le dernier à parler. Si votre main est en revanche excellente, la dernière position vous apporte un tout autre avantage. Avec une telle main, si vous étiez premier à parler et que vous tentez une check-relance, si personne n’ouvre après votre check, vous avez offert une carte gratuite à l’ensemble des joueurs dans le coup. Si vous étiez en milieu de parole, vous prenez le risque de comettre une erreur face à un adversaire qui sous-joue sa main, vous devez de plus faire un choix crucial entre relancer pour en bouter quelques-un hors du coup, ou vous contentez de suivre et ainsi prendre le risque que quelqu’un relance à son tour. Parler en dernière position annihile tout ces risques et choix cornéliens.En effet, si aucun joueur n’a encore ouvert, libre à vous de le faire et de repartir pour un tour d’enchères, ou bien de sous-jouer une bonne main. Si vous vous contentez de suivre, personne ne relancera derrière, puisque vous êtes le dernier à parler. Il est tout autant préférable d’être le dernier à parler lorsque votre main n’a que peu de valeur. Si tous checkent, cela vous permet d’en faire de même et d’obtenir une carte gratuite qui peut considérablement améliorer la valeur de votre main.

Tout ces avantages à être le dernier à parler sont tout aussi valables lorsque vous n’êtes plus que deux dans le coup. Dans cette situation, si votre unique adversaire checke et que vous possédez une très bonne main, vous pouvez ouvrir et s’il ouvre lui-même, vous pouvez relancer. Alors qu’en première position dans le tour de parole, vous devez faire un choix d’action : allez vous tenter une check-relance, simplement ouvrir ou juste checker.. Si vous optez pour le premier choix lorsque vous parlez en premier, vous prenez le risque que l’adversaire checke aussi, sa mise vous file donc entre les doigts. Si cette fois votre main n’est que médiocre, être le dernier à parler vous procure l’avantage de pouvoir obtenir une carte gratuite si l’adversaire checke (même avantage que lorsqu’il y a plusieurs adversaires dans le coup). Enfin, le seul et unique inconvénient à être en dernière position : le risque d’une check-relance adverse (risque donc inexistant dans les parties où la check-relance est prohibée). Voyons maintenant les avantages qu’apporte le fait de parler en premier.

Quels avantages à parler en premier ?

Ils sont minces certes, mais bien réels. Tout d’abord, en première position, les possibilités de check-raiser sont plus fréquentes. Il est également possible de gagner trois mises successives de la façon suivante : votre main est excellente, vous ouvrez pour sur-enchérir ensuite si quelqu’un relance. Etre le premier à parler vous donne aussi l’occasion de bouter quelques joueurs hors du coup, relancer les mises de départ dès le début du coup est le meilleur moyen d’effrayer les suivants et de les pousser à jeter leur main.

Jouer en fonction de sa position

Quelque soit la position de son détenteur, c’est toujours la meilleure main maintenue dans le coup qui remporte le pot. La position ne peut améliorer que le montant des mises que vous pourrez gagner ou sauver, notamment lorsque vous parlez en dernier. Comme nous l’avons déjà souligné, au Poker, il faut évaluer ses victoires en somme totale d’argent gagné sur le long terme, et non pas à la minute ou au coup près. L’important est de minimiser les pertes et de maximiser les gains, d’où l’importance de la position qui permet cela.

Il existe quelqes astuces à appliquer pour rendre le plus rentable possible le fait de parler en dernier. Prenons par exemple un coup de Stud à 7 cartes. Dans ce type de variante, pour se servir au mieux de votre position, il faut l’anticiper pour le coup suivant. Si celui qui vous succède possède un As par exemple, vous êtes assuré de parler en dernier au tour suivant. Connaitre votre position à l’avance peut vous permettre d’ajuster votre jeu en fonction des actions des joueurs qui ont déjà parlé, par exemple jouer plus ou moins agressif que vous ne l’auriez fait si vous aviez été en milieu de parole. En revanche, si le joueur qui ouvre parle avant vous, vous devrez agir en premier, sans connaitre les actions adverses : le plus judicieux dans ce cas est de jouer très serré, la plupart des mains devront être ici jetées. Si vous décidez malgré cette position désavantageuse de vous maintenir dans le coup, vous devrez forcemment passer au tour d’enchère suivant ou si l’un des joueurs relance. Vous allez donc perdre beaucoup d’argent par rapport à ce que vous êtes en mesure de gagner, vous joueriez à perte.

Voyons cette situation lors de différentes variantes. En Nullot, tout d’abord : si le joueur qui vous précède ouvre, vous devrez jeter une main telle qu’un tirage 7-6 (c’est une main que vous auriez certainement joué si vous étiez dernier à parler, puisque vous n’auriez pas pris le risque que quelqu’un relance après vous). En Poker fermé, si ce même joueur ouvre, il faudra jeter une main comme paire d’As. En Stud à 7 cartes, au premier tour de mise, si le joueur qui vous précède relance l’ouverture, il faudra jeter tout ce qui équivaut à des petites paires, il est inutile de prendre le risque que quelqu’un sur-enchérisse, vous perdriez votre mise inutilement.

Ici apparaît un nouvel avantage au fait de parler en dernier : vous jouerez plus de mains, et donc aurez plus d’occasions d’améliorer et de gagner, que quand vous parlez en premier, où vous jouez plus serré. Voyons maintenant, quand vous possédez une main de forte valeur, les deux possibilités de position :

Le joueur qui ouvre est à votre gauche : vous parlez donc en dernier. Votre position est idéale pour, une fois que quelques joueurs ont suivi, relancer un bon coup. Vous volez ainsi les mises de ceux qui abandonnent après votre relance, et ceux qui suivent vous offre une double enchère. S’ils restent des cartes à sortir et qu’ils espèrent améliorer en tirage, vous leur faites payer le prix fort. Une bonne partie d’entre eux vont donc se désister, vous évitez ainsi qu’ils n’améliorent et vous battent.

Le joueur qui ouvre est à votre droite : vous parlez donc en premier. Cela chance considérablement la donne, quelque soit la façon dont vous jouez, vous allez gagner moins que si vous parliez en dernier. Si vous relancez, il faut que les joueurs qui vous succèdent suivent cette enchère double, ce que peu d’entre eux oseront faire. Si vous vous contentez de suivre, dans le meilleur des cas, vous ne récolterez que les mises uniques de ceux qui se maintiendront dans le coup. Dans une telle position, vous devez être certain que votre main ne pourra être battue par un tirage améliorée. Auquel cas, vous devez miser fort pour que les mains à tirage abandonnent.

Voyons maintenant, à l’aide d’un exemple en Texas Hold’em, les différentes façons de jouer selon que vous soyiez en première ou en dernière position dans le tour de parole. Votre main comprend une paire de 6. L’adversaire qui vous succède relance, trois des joueurs adverses le suivent. Il faut se contenter de suivre aussi. Je m’explique : si au flop, vous touchez votre brelan (ce qui est probable à 8 contre 1), vous aurez quand même la possibilité de toucher un pot d’assez bonne hauteur. Or, si le joueur qui parle juste avant vous avait relancé doublement la relance précédente, il aurait fallu abandonner votre main. La différence tient de votre position : dans le premier cas, vous parlez en dernier, dans le second, vous parlez en premier. Si vous touchez votre brelan en étant dernier à parler, le 6 qui tombe au flop ne semblerait pas dangereux aux yeux des adversaires, or, il l’est. Vous pourrez ainsi sous-jouer votre main pour les induire en erreur, ou carrément relancer après que l’un d’eux ait ouvert pour leur soutirer des mises. En revanche, si l’ouvreur était positionné à votre droite, votre cote implicite aurait été si faible qu’il eut été trop risqué de se maintenir dans le coup.

La position influe aussi le jeu des adversaires

Mieux vaut pour vous que l’adversaire le plus agressif soit à votre droite, et que celui qui joue serré soit à votre gauche. Cette configuration de la table vous permet non seulement d’ajuster votre jeu en fonction de l’action du joueur agressif sans craindre que le joueur serré ne dérange vos plans, mais c’est aussi la position idéale pour controler le jeu du joueur agressif et l’induire en erreur.

L’essentiel à retenir de cette leçon se résume en un fait : la dernière position est en tout point la plus avantageuse.