Cours de Poker #9 : Rafler de gros pots rapidement

Au Poker, il est fréquent que vous ayez tout intérêt à camoufler des mains de grande valeurs afin que personne ne devine leur force. Vous en retirerez ainsi un maximum de bénéfice. Souvenez-vous du Théoreme fondamental de David Slansky, vu dans les chapitres précédents. Il en existe une application particulière qui consiste à vouloir remporter les gros pots tout de suite. Lors d’une partie, il est fréquent de vouloir pousser l’adversaire, lorsqu’il a la meilleure main, à la jeter. Et cela arrive même lorsque c’est vous qui possédez la meilleure main possible, le plus souvent dans un coup dont le pot est important et les limites fixes.


Dans ce genre de coup, l’adversaire, même si sa main est moins bonne que la vôtre, a une cote du pot suffisante pour suivre, et vous préfereriez donc qu’il se couche. En fait, s’il suit, cela est bénéfique pour ses gains sur le long terme. Vous en revanche, au vue de sa cote de pot suffisante, ne tirerez pas d’avantage à ce qu’il suive (même si vous remportez le pot en fin de tour, car s’il suit, il respecte son espérance mathématique positive, et vu qu’a long terme cela lui rapporte de l’argent, cela vous en coute forcemment). En revanche, s’il abandonne, cela annule sa cote du pot et c’est là que vous êtes réellement gagnant.

Qu’en est-il si votre adversaire a raison de suivre ?

Dans ce cas, il vous serait préjudiciable, avec la meilleure main, de ne pas ouvrir les mises, car cela donnerait à l’adversaire l’occasion de voir le flop gratuitement, et c’est lui donner la chance d’améliorer sa main. En d’autres termes, vous lui offrirez une cote infinie de laquelle vous ne tireriez aucun bénéfice. Voyons cela en pratique. Lors d’une partie, la cote d’amélioration du joueur adverse qui peut rendre sa main plus forte que la vôtre est de 5 contre 1. Le montant du pot s’élève à 150 euros, vous en misez 20. Sa cote du pot est donc de 8,5 contre 1 (ou 170 contre 20), il aurait donc raison de suivre. En revanche, si vous ne misez rien, sa cote est infinie car il suit 0 euro pour en gagner 150! Dans ce type de situation, avec une bonne main, vous devez ouvrir, même si cela offre à votre adversaire une cote du pot favorable, qui vaut bien entendu mieux pour vous que de lui offrir une cote infinie. L’adversaire va peut être même se coucher, alors vous y trouverez tout le bénéfice.

Dans les parties no-limit et pot-limit, vous pouvez ouvrir avec n’importe quel montant, du plus faible au plus élevé possible. De ce fait, il est plus aisé pour vous de remporter les pots importants tout de suite. Grâce à cette liberté de mise, vous avez le choix de la cote que vous allez offrir à votre adversaire. Imaginez une partie no-limit dont le montant du pot s’élèverait à 150 euros. Votre adversaire est outsider avec une cote d’amélioration de 5 contre 1. Si vous ouvrez avec la mise maximum possible (150 euros), sa cote du pot n’est que de 2 contre 1 (ou 300 contre 150), ce qui ne permet pas de financer la cote d’amélioration de 5 contre 1. Si le joueur adverse suit, cela n’est que dans votre intérêt, car il joue à perte. En somme, dès qu’il est possible pour vous d’ouvrir très large avec une bonne main, faîtes-le. Si l’adversaire commet l’erreur de suivre, vous avez tout à y gagner. Dans les pot-limit et no-limit, n’oubliez pas qu’il est bon d’ouvrir large également pour empecher votre adversaire d’avoir une bonne cote implicite. En revanche, dans les parties dont les limites sont fixes, vous ne pouvez évidemment pas ouvrir avec n’importe quel montant. Vous devez donc, si vous n’avez pas la main max et même si cela donne à l’adversaire une cote du pot favorable, lui donner le plus d’occasions possibles de jeter sa main en rendant son maintien dans le coup trop cher pour lui.

Comment sortir les adversaires du coup ?

Nous allons voir, à l’aide d’un exemple, comme ouvrir une mise afin de pousser un maximum de joueurs adverses à sortir du coup. Imaginez une partie de Stud à 7 cartes. Après un premier tour d’enchères, le montant du pot est très élevé. Votre main est de forte valeur : un brelan en trois cartes. Au début du deuxième tour, le joueur qui vous précède ouvre. La question ne se pose même pas : vous devez relancer. Bien sûr, cela va impliquer que les petites mains de la table vont abandonner le coup, et c’est justement là votre objectif. L’idéal est que tout le monde se couche pour que vous puissiez remporter le gros pot tout de suite, mais même si certains résistent, vous avez quand même réussi une partie de votre objectif. Peu de joueurs pensent à agir de la sorte (vouloir gagner les pots importants tout de suite), pourtant ils y auraient tout intérêt. Jouer ou pas de cette façon dépend de vos chances de remporter le coup si vos adversaires suivent avec la cote du pot que vous leur offrez en misant. Si le joueur adverse avait raison de suivre s’il connaissait votre main, vous devez le pousser à se coucher.

En revanche, s’il avait tort de suivre (c’est à dire si sa cote du pot ne justifie pas de financer sa cote d’amélioration), il faut faire en sorte qu’il reste dans le coup. Alors, vous prenez le risque que l’adversaire améliore sa main, mais si la vôtre est de forte valeur, ce risque reste infime. Revenons à l’exemple ci-dessus de Stud à 7 cartes. Si vous aviez un carré au lieu d’un brelan, main de très forte valeur, il faudrait inciter l’adversaire à rester dans le coup pour augmenter le montant du pot au maximum grâce à ses mises. Ne rêvez pas trop cependant, ce type de main est rarissime. Toutes les mains moins fortes que le carré implique que vous devez essayer de gagner le pot tout de suite, évitant ainsi de laisser la chance à l’adversaire d’améliorer sa main gratuitement. On sait que le montant du pot est assez important pour tenter une telle manoeuvre quand il dépasse la structure d’enchères.

Tenter le coup avec la deuxième main

La manoeuvre qui consiste à tenter de remporter les pots importants rapidement est un principe a double sens. Il est évident pour ce mode de jeu de vouloir sortir le plus d’adversaires possibles quand votre main est la meilleure, et il est humain de vouloir quand même tenter le coup si votre jeu n’est que la deuxième meilleure main possible. Voyons ensemble cette situation dans un exemple de Stud à 7 cartes. Le montant du pot est très élevé grâce aux mises du premier tour d’enchères et vous possédez une paire de Dames. Vous savez que le joueur qui vous précède a une main comportant Roi et 9 de carreaux. A cet instant, vous savez que votre main n’est pas la meilleure mais que sa valeur avoisine de près celle de la main max. Le joueur qui vous précède ouvre : vous devez sur-enchérir pour sortir les adversaires du coup. La même situation peut s’observer en Hold’em, où la réaction doit être la même. Avec un pot très important et une bonne main, cela vaut la peine de tenter le coup et de relancer pour sortir les adversaires, même s’il est possible qu’une seule et unique main soit meilleure que la vôtre.

Repousser le tour pour faire sortir les adversaires

Les parties dont les limites sont fixes voient leurs enchères doubler au troisième tour de mise. Dans ce type de parties, il est judicieux de vouloir attendre l’augmentation des mises avant de sur-enchérir. Attention, cela n’a rien à voir avec sous jouer. Il s’agit juste ici d’attendre que le montant du pot soit plus élevé pour tenter la manoeuvre et le raffler. Imaginez une partie à 10-20 euros. Si, avant le doublement des mises, vous relancez, certains joueurs peuvent être tentés de vous suivre. En revanche, si vous attendez le troisième tour que les enchères doublent pour relancer de 20 à 40 euros, ils hésiteront d’avantage à rester dans le coup. Même si vous leur avez laissé l’occasion aux premiers tours de voir des cartes à petits prix, les chances qu’ils abandonnent avec une forte relance au troisième tour valent la peine de jouer de sorte à ce que tout le monde se couche.

On résume

Ce mode de jeu se résume en une règle générale plus que simpliste : si le montant du pot est très élevé, faites en sorte de le remporter au plus vite. Pour arriver à vos fins, il faut qu’un maximum d’adversaires abandonnent (si possible tous), il vous faut donc sur-enchérir pour les sortir, que votre main soit la meilleure ou la deuxième meilleure possible. En fait, cela découle d’un calcul mathématique simple. Moins il y a d’adversaires dans le coup, plus vous avez de chances de gagner : tout n’est que probabilité. Face à un gros pot, votre seul et unique objectif doit être de le gagner, et vite.