Cours de Poker #15 : Sous-jouer sa main ou comment jouer Slow Play

Aussi appelé « slow play », le fait de sous-jouer sa main au Poker consiste à jouer comme faible une main en réalité bien plus forte, pour induire en erreur les adversaires et leur soutirer un maximum de mises aux tours d’enchères suivants. Cela peut être exécuté via plusieurs actions, dont les plus courantes sont de checker si les autres joueurs ont checké et de se contenter de suivre si l’un des joueurs a ouvert. Se limiter à suivre l’action des autres joueurs ne leur donne aucune information sur votre main. Ils n’ont donc aucune idée de sa force. A l’inverse de la check-relance, le slow play n’a pas pour but de bouter les adversaires hors du coup.
Bien au contraire, lorsque vous sous-jouez, votre intention et de les maintenir dans le coup pour leur soutirer le plus de mises possibles. Si vous voulez être sûr de remporter ces mêmes mises en sous-jouant, il faut bien évidemment que votre main soit de très forte valeur.

Les facteurs nécessaires au « slow-play »

Il est des éléments qui doivent être obligatoirement présents pour pouvoir sous-jouer. Ce sont les suivants : votre main doit être de très forte valeur, la carte gratuite que vous offrez aux adversaires ne doit leur permettre d’obtenir que la deuxième meilleure main possible, leur probabilité de vous battre grâce à elle doit être très faible voire nulle. Ces facteurs sont liés entre eux. Il est indispensable d’avoir une main de très forte valeur pour que la carte gratuire n’offre pas à l’adversaire la possibilité de vous battre. Voyons cela dans un exemple de Stud à 7 cartes.

Votre main comprend un full, les adversaires eux ne possèdent que des mains à tirage (couleur et suite). Lorsque vous sous-jouez, vous leur offrez une carte gratuite ou peu chère, et ce dans l’objectif qu’ils complètent leur main. En effet, s’ils complètent, ils suivront vos mises, pensant qu’ils ont la meilleure main. Et de toute façon, même en complétant une suite ou une couleur, cela ne battra pas votre full. En revanche, si vous possédiez par exemple un brelan, sous-jouez n’aurait pas été futé. En complétant grâce à une carte gratuite, l’un des adversaires vous aurait battu avec une quinte ou une couleur.

Deux autres éléments doivent être inévitablement présents pour que vous puissiez sous-jouer intelligemment. Vous devez tout d’abord être certain de pouvoir bouter les adversaires hors du coup si vous jouez agressif, votre probabilité de gagner si vous jouez plus serré doit être tout aussi bonne, et le montant du pot ne doit pas être trop élevé. Ces facteurs du slow play sont eux aussi très liés. Si le pot est petit, peu d’adversaires vous suivront, le montant à gagner n’en valant pas la peine. En conséquence, plus le montant du pot est important, moins il est rentable de sous-jouer. En effet, cela leur donne une cote du pot trop importante. S’ils suivent, ils jouent donc comme ils devraient le faire. Votre objectif, au poker, est bel et bien de les pousser à comettre des erreurs. Lorsqu’ils ont raison de jouer de telle ou telle façon, vous êtes perdant. D’autant plus que vous sous-jouez pour les maintenir dans le coup, si le pot est gros, ils s’y maintiennent d’eux même. Il est donc inutile de sous-jouer dans ces cas là. Avant de sous-jouer, il faut être certain que cela va vous rapporter plus que si vous jouiez votre main à sa juste valeur. Vous devez être tout aussi sûr que même en améliorant un tirage par exemple, grâce à la carte que vous pouvez lui offrir, la main de l’adversaire ne pourra pas battre la vôtre. Paradoxalement, si votre main est la main max, ne la sous-jouez pas. Avec une telle main, vous vous devez de jouer agressif. Voyons ce dernier point dans un exemple de coup en Nullot fermé.

A un moment du coup, l’adversaire qui vous précède relance. Vous devez vous contenter de suivre, et de déclarer comme servie la main suivante : As, deux, trois, quatre et sept. Cette main est de forte valeur, vous auriez donc tout intérêt à ce que les joueurs adverses suivent la relance de votre prédécesseur. Mais attention tout de même car ce dernier pourrait avoir relancé avec une main plus forte que la vôtre. Imaginons maintenant qu’au lieu de la main pré-citée, vous ayez obtenu la main max au Nullot fermé : As, deux, trois, quatre et cinq. Au lieu de suivre (c’est à dire au lieu de sous-jouer votre main) il faudrait sur-enchérir sa relance, dans l’espoir qu’il ait beaucoup d’espoir en sa main et qu’il vous suive. Vous pourriez ainsi lui soutirer un maximum de jetons avant l’abattage. Sous-jouer lorsqu’on possède la main max est donc possible, mais ça n’est pas la plus rentable des actions dans ce cas.

On résume

Sous-jouer est une action rentable, certes, mais à prendre avec des pincettes. Il faut s’assurer auparavant de la présence de plusieurs éléments. Votre main doit être de très forte valeur, le pot ne doit pas être très important et les joueurs ne doivent pas se douter de la puissance de votre jeu. L’adversaire ne doit avoir que très peu ou pas du tout de chances de vous battre avec la carte gratuite que vous lui offrez. Sa cote du pot ne doit pas être suffisante pour suivre, afin qu’il joue en comettant une erreur. Lorsque vous sous-jouez, l’issue idyllique est la suivante : l’adversaire tire mort, c’est à dire qu’il améliore sa main mais qu’elle ne peut de toute façon pas battre la vôtre. Vous vous assurez ainsi de le gagner à la sortie en lui soutirant un maximum d’argent au long des tours d’enchères.